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Histoires d'un arrêt du tabac - Au fil des méandres, après plusieurs déclics j’ai arrêté

Histoires d'un arrêt du tabac - Au fil des méandres, après plusieurs déclics j’ai arrêté
Catherine 50 ans Digne Les Bains (04)

Digne Les Bains le 06 octobre 2015 8h30 :

Je suis à la maison et j’ai commencé à rédiger mon mémoire d’éducatrice spécialisée. C’est le moment ou jamais pour arrêter car je sais que si je continue, je ne vais faire que fumer pendant cette période de surchauffe de mes pauvres neurones.

Je fume ma dernière Camel roulée puis l’éteins avec détermination et toute ma volonté. Cette fois l’adieu à cette compagne de plaisirs et de douleurs est définitif.

Mais comment en suis-je arrivée là ?

Eté 84, j’ai treize ans, je suis comme chaque année en famille dans notre maison de campagne dans la Loire.

Tous les matins, je vais en vélo chercher le pain. Cinq kilomètres de pédalage en campagne, qui m’enthousiasment par l’air et la liberté inspirés.

Un matin, enhardie par ces chevauchées fantastiques et pour me sentir plus adulte, je pique une Royale rouge à ma mère qui fumait occasionnellement.

A mi-chemin, je dépose mon fier destrier et j’allume avec fierté ma première clope. Je tousse comme une malade, mais ce n’est pas grave, je me sens tellement grande !

Je vais tellement aimer cette première, que jusqu’à mes quinze ans, je vais fumer cette clope ritualisée toutes les petites et grandes vacances sur le chemin du pain recherché.

Mais jamais le reste du temps dans nos pénates de la banlieue Lyonnaise, je ne saurais dire pourquoi ce plaisir coupable en était exclu.

J’adore la sensation en gorge (que je sais nommer hit aujourd’hui) mais je déteste déjà l’odeur nauséabonde qu’elle laisse, toute la contradiction à cette passion est déjà là.

L’interdit et le secret m’attirent totalement, des prémices à ma future vie privée ? ...

A quinze ans, je décide de m’acheter mon premier paquet pour ne plus voler et continuer à m’émanciper. L’unique ritualisée consommée va se doubler puis se quadrupler.

Le trajet du matin va en être le théâtre mais je trouverai d’autres moments où me dissimuler. Mes parents sont beaucoup plus cool qu’à la ville me laissant plus de latitudes que j’emploie aussi pour fumer…

Jusqu’à mes dix-huit ans je vais continuer à fumoter, je suis une petite fumoteuse toute fière. Jusqu’en seconde ce sera en solo, puis au lycée je le ferai accompagnée.

Mais mon plaisir véritable (toujours cette même sensation de liberté et d’autonomie), c’est en tête à tête que je le vis. Finie l’exclusivité de l’été d’autant qu’auprès de mes parents j’ai officialisé.

Un jour de mes dix-sept ans mon père débarque dans ma chambre alors que je fumais à ma fenêtre :

« Qu’est-ce que tu fais ? » qu’il me dit.
« Et ben je fume » que j’lui réponds.
« Eteins cette clope ! »
« Ben non »
« Tu l’éteins pas ? »
« Non »
« Tu veux pas l’éteindre ? »
« Non ! »
« Bon, ok on en reparlera ! »

Il ferme la porte et on n’en a plus jamais parlé, voilà.

La quantité n’a pas augmentée, mais les trois ou quatre par jour ce sera toute l’année.

Je continue à m’isoler pour inhaler car fumoteuse je veux rester.

A dix-huit ans, je m’inscris à un cours de théâtre, je suis la plus jeune et je me retrouve avec une bande de gros gros gros fumeurs et je deviens une grosse, grosse, grosse fumeuse.

Les répètes enfumées à outrance du lundi soir font s’envoler en flèche ma consommation de tous les autres jours suivants.

L’apprentissage des textes et l’interprétation sur scène sont mes alibis pour mon besoin en nicotine.

Et en quelque temps, je passe de 3 à 4 à un bon paquet et demi voire deux par jour !

Le bac en poche je m’inscris en fac de Langues Etrangères Appliquées où je me rends compte rapidement que mon niveau d’anglais est à pleurer. Je rencontre une amie qui revient des Etats Unis et qui me parle de la possibilité d’être fille au pair.

Elle a un contact avec une famille là-bas, j’y décolle aussitôt et je m’en vais y passer un an et demi.

J’y découvrirai la grosse pomme, les cigarettes sans additifs American, les Twins Towers et la Gay Pride, whaou ! Dès que je peux je voyage, c’est ma découverte du nouveau monde à moi.

A mon retour, j’ai vingt et un an et je n’ai plus du tout envie de faire des études. Je me fais embaucher dans un magasin de reprographie et je passe aux Lucky.

Au bout d’un an je ne sais pas trop quoi faire de ma vie, je passe le concours de Monitrice Educatrice, métier dont j’avais entendu parler.

Je réussis le concours et j’en prends pour deux ans d’étude avec des stages pratiques à foison. C’est une révélation, « whaou, c’est exactement ce que je veux ! ». Je fume toujours comme un pompier en me sentant libre car je l’ai choisi et j’aime ça !

J’ai vingt-quatre ans, fraîchement diplômée je suis recrutée par une Maison d’Enfance à Caractère Social et j’adopte les Camel auxquelles ma compagne d’alors m’avait initiée. Le directeur nous a octroyé une salle fumeur pour la nuit et l’hiver.

Je me demande maintenant comment j’ai fait pour supporter toutes ces nuits de boulot à fumer en refaisant le monde avec mes collègues dans cette pièce non aérée…

A ce moment, la clope fait entièrement partie de ma personne à tel point que je clame haut et fort que je ne pourrai jamais arrêter sous peine de perdre une partie de ma personnalité. Et je n’en démordrai pas jusqu’à mes trente printemps.

Ma consommation va osciller entre un et deux paquets en fonction de mon thermomètre émotionnel. Soirées, stress, ruptures sentimentales, toutes les « bonnes » raisons pour gravir les pics d’augmentation.

A trente ans, mon père m’offre le livre pour arrêter de fumer d’Allen Carr. Je suis touchée que mon papounet, ancien fumeur de cigare qui s'est arrêté tout seul il y a vingt ans, fasse écho aux quelques questions que je commence tout juste à me poser.

Je le lis tout en fumant comme il est préconisé, et d’autant plus copieusement. Je suis embarquée dans cet ouvrage dont j’acquiesce béatement à toutes les pages.

Un élément va tout faire basculer dans ma théorie identitaire : « avant de fumer on est tous des non fumeurs ».

C’est ma première prise de conscience sur ma dépendance en réalisant que c’était complètement débile de croire que la tueuse était indissociable de ma personnalité.

Je n’en suis pas encore à l’arrêt, mais ce bouquin va m’aider à diminuer de deux paquets à 15 clopes par jour.

Trois ans plus tard, je vais tout quitter pour rouler. Tant le tabac que les kilomètres seront concernés. Une belle dame rencontrée me fait déménager de Lyon à Digne les Bains.

La campagne de mon enfance retrouvée, les tensions de la ville abandonnée, le rythme de vie plus harmonieux rencontré vont me permettre de passer à douze roulées.

Pendant les sept années suivantes, je vais faire trois tentatives d’arrêt.

C’est une période où j’ai envie de mieux m’occuper de moi. Je découvre le soin par les plantes et les méthodes plus naturelles, la meilleure nourriture, je fais un break avec mon métier en passant deux CAP Paysagiste, j’ai envie de retrouver la nature quoi.

Et du coup, fumer devient en contradiction avec ces quêtes.

Le premier arrêt se fait vers 35 ans et avec l’aide des patchs. Je prends la plus grosse dose de nicotine m’imaginant cheminée constamment alimentée, ce qui me fait vomir et vite diminuer cette surdose non supportée.

Je me bois en plus un cognac le soir histoire de pouvoir compenser les premières journées. J’arrive au bout des patchs et ne fume plus du tout pendant trois mois et demi de plus. Et puis arrive une soirée, je me croyais invincible par le temps passé, j’en retouche une et je replonge aussitôt…

Deux le lendemain, puis quatre, ce n’est pas grave je peux arrêter quand je veux… Puis roule ma poule, je retrouve mes douze en quelques jours.

Je bossouille chez des particuliers pour refaire leur jardin, chèque emploi service et un peu de black, et je retrouve un boulot salarié en tant qu’éducatrice technique en remplacements une semaine par mois.

Et comme je suis monitrice éducatrice, on me propose vite des remplacements dans cette fonction. Me revoilà dans l’éducation spécialisée…

De fil en aiguille, je vais passer deux ans à enchaîner ces remplacements. Huit mois après mon premier arrêt, j’en tente un autre avec cette fois les cigarettes aux plantes achetées en pharmacie.

Je m’en prescris une matin, midi et soir une bonne posologie pour ne plus recommencer. Et toujours le cognac du soir ritualisé. Elles sont bien dégueu, elles puent, j’ai l’impression que tout le monde pense que je me fume de gros pétards tout au long de la journée… Je peux stopper la tueuse pendant quatre nouveaux mois.

Et puis une nouvelle soirée, clope à nouveau goûtée, roule roule pour retrouver mes douze par journée.

Je continue mon parcours de monitrice éducatrice en fumant toujours, bien que bien moins empreinte de liberté.

Quelques mois après, je décide d’arrêter à nouveau avec cette fois comme alliés la nature et le programme d’un Jaques Chirac allumé.

En effet, je décide de manger une pomme chaque fois que j’ai envie de fumer !

Du coup, me voilà à ingurgiter quotidiennement ma bonne dizaine de pommes, et en plus j’aime ça !

En plus, en complément de mes remplacements de monitrice éducatrice, j’ai trouvé un boulot à temps partiel pour ramasser des pommes… Et comme dans l’entreprise on nous dit que l’on peut en manger en travaillant, je ne vais pas m’en priver.

J’ai trouvé mon substitut naturel à la cigarette. Plus le cognac les soirs pour me réchauffer. Au bout de quelques jours j’arrive à réduire ma consommation de pommes et je continue à ne plus fumer pendant quatre bons mois.

Le scénario se répète suite à une nouvelle soirée, je retrouve ma maudite compagne et décide de ne plus essayer d’arrêter. Mes trois expériences infructueuses où j’aurais pu en plus devenir alcoolique m’ont définitivement découragé.

Me voilà maintenant quadra, je me sens malheureuse de fumer. Finis l’illusion de la liberté, je me sens pleinement prisonnière de cette fumée. Finis les mensonges mais désespérée de penser ne jamais pouvoir supprimer ce poison qui je pense va m’emporter.

Je suis à nouveau ME à plein temps et j’ai la clope malheureuse.

J’ai un ami qui fume clope sur clope, il allume la suivante avec la précédente. Je me demande comment il fait pour respirer…

En 2013, il perd son frère du cancer du poumon, c’est un électrochoc qui le fait arrêter de fumer d’un coup grâce à la vape.

J’apprends cela un soir du 20 décembre où il nous reçoit avec ma compagne pour un repas festif. C’est un choc pour moi car quand je vois d’où il vient cela me parait miraculeux. Il me fait l’éloge de sa CE tout en nous faisant goûter.

Et là je me dis que s’il a pu y arriver, je le peux aussi !

Pour moi c’était le fumeur absolu à côté de qui Gainsbourg était quasiment un petit crapoteur.

Je toussote un peu mais j’adore tout de suite le goût de réglisse anis qu’il me fait inhaler.

Nous sommes tellement enthousiasmées malgré quelques réticences (ce n’est pas pour nous cet électronique et ce chimique, mais bon quand même ça à l’air de vachement bien marché), que le lendemain soir sur le retour, nous nous sommes arrêtées avec ma Cathy au shop de vape le plus près pour acquérir notre premier kit de primo.

Nous nous retrouvons dans une ambiance cosy chic très apaisante avec une conseillère vendeuse épatante qui va nous garder deux bonnes heures pour s’assurer de nous fournir le bon nécessaire.

Questionnaire complet, essais à volonté, nous voilà parfaitement équipées pour cette nouvelle aventure qui doit nous libérer.

Je démarre à 19 mg de nicotine et un arôme tabac de chez Pulp qui me sied. J’achèterai très vite un deuxième setup pour ne pas risquer la panne.

Au début, à mon grand dam je ne vais cesser de biberonner tout en continuant de fumer. Et oui il me restait du tabac, cela m’arrangeait de ne pas vouloir gâcher…

En deux ans, je vais passer de 19 mg à 6 mg, en restant longuement à un palier à 12 mg puis à un palier à 9 mg.

Durant cette période je vais fumer entre cinq et sept clopes quotidiennes en fonction de mon vapotage et quasi exclusivement au boulot.

Quand je fume plus, je vape moins et quand je vape plus je fume moins. J'utiliserai trois cigarettes électroniques toujours en tirage serré.

J’ai tout de suite accroché au cérémonial du nettoyage de mes clearos et me suis même essayé brièvement au reco. Mais j’ai du mal à lâcher cette satanée vieille compagne de trente ans.

Et pourtant je ne l’aime plus cette foutue emboucaneuse d’haleine que je vais, aussitôt finie, essayer d’effacer par ma vape embaumeuse. Du « plaisir » éphémère de la dose absorbée, je me lasse de plus en plus, ce qui me fait sans cesse diminuer.

Il me reste pourtant trop de clopes à éliminer. Le dernier déclic arrive en juillet 2015, j’ai une VAE à valider par un mémoire pour devenir éducatrice spécialisée.

Il fait beau, il fait chaud, cela m’arrive de bosser dehors tout en fumant. Je prends conscience que cet hiver avec le froid enfermé, je risque de fumer comme un pompier.

Les cogitations vont bon train, en octobre je me lance dans la rédaction du mémoire et je me sépare définitivement de la tueuse.

Je valide mon mémoire en vapotant à qui mieux mieux et je deviens éducatrice spécialisée aux poumons déjà bien nettoyés.

Je poursuis mon bonhomme de chemin toujours en tenant bon même durant mon burn out de plusieurs mois en 2016/2017 durant lequel je me réjouis tous les jours d’avoir arrêté de fumer bien avant.

En effet, vu les longues journées à dériver sur le canapé, cela aurait été une catastrophe tabagique… Ma vape m’a soutenue dans cette sombre période beaucoup plus sainement que ne l’aurait fait la tueuse pueuse et encrasseuse.

En 2018 je casse un de mes clearos et sur les conseils avisés au shop et un essai validé, je passe en tirage direct restrictif sur mon deuxième setup, ce qui me permet d’alterner entre 4.5 mg et 1.5 mg de nicotine. Les arômes classic et les gourmands aux noisettes deviennent en mélange mon all day.

Digne Les Bains le jeudi 4 novembre 2021 :

Aujourd’hui je suis une vapoteuse apaisée à 10 ml par jour. Je suis toujours éducatrice spécialisée, j’ai changé de public et une reconversion professionnelle me titille bien souvent.

J’envisage aussi de délaisser la vape car cela me gêne de ne pouvoir parfois l’oublier sans devoir aussitôt retourner la récupérer.

Mais comme pour mes envies professionnelles, le changement pour moi ça prend du temps, alors je me donne une paire d'années.

Je n’oublie pas les bronchites chroniques chaque hiver de mes trente ans à mes quarante ans, je reste donc patiente et bienveillante pour cette vape me libérant.

Je travaille donc gentiment le chapeau pour de futurs changements encore plus beaux.

J’espère que cette petite histoire vous aura distrait, et peut-être inspiré ou conforté pour ne jamais quitter ce petit nouveau monde, aux poumons nettoyés.


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