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Hon Lik, le modeste père de la vaporette au service de l'industrie du tabac

Hon Lik, le modeste père de la vaporette au service de l'industrie du tabac
Ancien ouvrier, il est devenu pharmacien et est à l'origine de la cigarette électronique, un marché estimé à 7,5 milliards de dollars en 2016. Aujourd'hui ambassadeur de la marque blu, il personnifie l'évolution de la Chine, du grand bond en avant de 1958 au libéralisme actuel de l'empire du Milieu.

Un cauchemar. C’est un « horrible » cauchemar qui a donné à Hon Lik l’idée de son invention. Du moins, c’est ainsi que le Mandchou, de passage à Paris et recevant dans la chambre plutôt impersonnelle d’un grand hôtel parisien, raconte l’histoire. Son histoire. « Je m’en souviens encore comme si c’était hier ! Je suis en haut d’une falaise, sur le point de tomber dans la mer qui bouillonne en contrebas, je me réveille terrorisé mais dès que je me rendors, le cauchemar revient. Je suis persuadé que les responsables étaient les patchs à la nicotine que j’avais laissés sur ma poitrine, j’essayais alors d’arrêter de fumer. Il me fallait trouver autre chose. » Veste bleu marine, chemise bleu clair, celui qui est généralement présenté comme l’inventeur de la cigarette électronique sacrifie volontiers à l’exercice de l’interview, affable, posé et souriant derrière de discrètes lunettes.

Si le filtre de la traduction (Hon Lik ne parle ni anglais, ni a fortiori français) ne permet pas de saisir tous les subtilités du mandarin, on sent l’homme rompu à l’exercice, mêlant les anecdotes personnelles à la défense et à illustration d’un vapotage bien compris : celui qui, en conservant le geste et la nicotine bannit les effets nocifs de la fumée du tabac.

Hon Lik est un remarquable communicant, habile et convaincu à remplir le rôle qu’exigent ses nouvelles fonctions. Expert en vapotage, il est désormais consultant R & D de Fontem Ventures, sur les sites de Pékin et dans la Silicon Valley, et VIP dans le monde de la blu, la cigarette électronique de la filiale créée par Imperial Tobacco (lequel a avalé Altadis et donc l’ex-Seita française en 2008). Le géant du tabac a racheté l’entreprise et les brevets de Hon Lik en 2013. La blu, lancée sur le marché français en octobre 2016, précédée du qualificatif de leader mondial et de numéro 1 aux États-Unis et au Royaume-Uni pour les e-liquides, est proposée par 8 000 buralistes dans l’Hexagone.

Hon Lik est un peu à la cigarette électronique ce que Roland Moreno est à la carte à puce : un inventeur imaginatif qui, à partir d’une idée simple et d’un peu d’électronique, a finalement créé un concept à même de changer la face du monde... du moins celui des fumeurs, et de l’industrie du tabac. « Entre mon premier prototype et le dernier modèle, il y a la même différence qu’entre le premier portable et le dernier iPhone.» En clair, le marché devrait continuer de croître. De fait, les vapoteurs se comptent aujourd’hui en dizaines de millions. Une étude du cabinet EY estimait à 7,5 milliards de dollars le marché mondial en 2016, avec la perspective d’atteindre les 20 milliards en 2020. En France, Xerfi l’évaluait à 400 millions d’euros en 2015 avec un taux de croissance le portant à 700 millions en 2019.

Hon Lik est aussi, à 60 ans, un beau résumé de la Chine des cinquante dernières années, passée de la révolution culturelle à l’économie socialiste de marché, au libéralisme tempéré par le parti et à la mondialisation. Il est né en 1956 à Shenyang (Moudken, en mandchou), la capitale de la province de Liaoning, au nord-est du pays, la neuvième ville la plus peuplée de Chine. Signe prémonitoire, c’est là que naîtra, en 1986, la première place boursière de Chine. Le grand bond en avant, lancé par Mao, commence deux plus tard, en 1958. Jeune collégien, il est embarqué dans le maelström de la révolution culturelle initiée en 1966. Trop jeune, Hon Lik ne sera pas enrôlé dans les gardes rouges mais travaillera dans les champs de tabac, raconte-t-il sans s’appesantir. Planter, récolter, sécher, trier, vendre les feuilles chères à Nicot : il fait un peu tout et se met à fumer, imitant un père qui décédera… d’un cancer du poumon. Devenu ouvrier dans une usine de production de pièces de forage, il devra au retour en grâce de Deng Xiaoping de voir s’ouvrir les portes du lycée puis, après le bac, celles de l’université de Liaoning, spécialité pharmacie traditionnelle chinoise.

Entré à l’institut de recherche de la province, il se focalise sur les vertus du ginseng, dépose deux brevets et crée en 1994 sa première entreprise, un succès tout d’abord mais qui va vite subir les assauts de la concurrence. Certes, mais la cigarette électronique ? « Je fumais deux à trois paquets de light par jour et, comme chercheur et pharmacien, je connaissais à la fois les plantes et les dangers du tabac. J’ai essayé d’arrêter avec des bonbons menthol, des patchs, mais sans succès. Je sentais bien qu’il me fallait supprimer les produits de combustion du tabac, comme les goudrons, mais ni la nicotine ni la bouffée de fumée ni le geste », explique-t-il. Et l’électronique ? « J’étais curieux, je démontais et remontais des radios et des téléviseurs pour m’occuper quand j’étais jeune, l’idée m’est alors venue d’associer les deux, l’électronique et les plantes pour créer un substitut mimant la cigarette. »

En sortira un premier prototype bricolé main : un petit cylindre en métal, quelques fils reliés à un circuit imprimé, une technologie originale de vaporisation d’un liquide contenant de la nicotine… En 2003, il brevette son invention et crée sa start-up, Ruyan (traduisez « comme du tabac »), pour l’industrialiser. Si le succès est d’abord au rendez-vous (on parle de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires sur la Chine en 2006), la suite sera moins rose. Confrontée au lobby chinois du tabac et à la contrefaçon, l’entreprise périclite. Devenue Dragonite, basée à Hong-Kong, elle cède, pour 55 millions d’euros, les brevets sur la cigarette électronique à Imperial Tobacco en 2013.

Riche, Hon Lik ? Difficile à dire. Il ne détenait plus qu’une très faible partie de Ruyan (0,79%) mais le deal est sûrement plus complexe. Et il n’était pas sorti les poches vides de ses activités pharmaceutiques. « Je fais partie de la classe moyenne chinoise », résume-t-il, modeste et discret. Sa fille, diplômée de l’université de Pékin, est aujourd’hui une jeune avocate de 27 ans. Lors de son premier passage à Paris – privé, cette fois-là – il avait sacrifié au parcours du touriste classique de Notre-Dame à la tour Eiffel en passant par les Galeries Lafayette ! Son seul hobby avoué est le bon vin – un classique dans la Chine actuelle.

D’aucuns les vapoteurs purs et durs ont mal vécu la traversée du Rubicon de ce « vendu », entré dans « l’enfer » de l’industrie du tabac... Lui n’en a cure.

Il assume sans complexe son double statut de vapoteur-fumeur fort à propos pour jouer les ambassadeurs de blu. « Les industriels sont les mieux placés pour diffuser la cigarette électronique. Ils constatent d’eux-mêmes la baisse de consommation du tabac et ont compris, ce qui n’était pas le cas au début, que c’est une alternative et que les deux modes pouvaient cohabiter. » Et il est vrai, aussi, que le marché occidental est le seul à même de valoriser les brevets de Hon Lik, le marché chinois lui étant paradoxalement quelque peu fermé. « Ils ont le savoir-faire, le réseau, les moyens financiers », précise-t-il en s’insurgeant, sans se départir de son calme, contre ceux qui veulent interdire l’e-cigarette dans son pays natal : « Ce n’est pas la meilleure solution. Il y a mille ans un empereur chinois a voulu lutter contre les inondations en montant des digues partout. Ce fut un échec. Son successeur, lui, a creusé des canaux pour guider l’eau. C’est ce qu’il faut faire : canaliser plutôt qu’interdire en cadrant la qualité, les normes, en promouvant les bons dispositifs et les bons e-liquides. J’apprécie l’indépendance d’esprit des Français, ils sauront faire les bons choix. »

En attendant, Hon Lik se dit « fier » de son invention qu’il juge utile pour l’humanité. Et a d’autres idées novatrices en tête. « Peindre, lire, faire du ski n’est pas assez excitant pour moi. Un vrai inventeur doit inventer plusieurs choses dans sa vie… » De quoi de révolutionner à nouveau un secteur ? Oui, répond-il avec un sourire énigmatique tout en tirant une bouffée d’une pipe électronique...


Source : Les échos
offre le petit fumeur
voopoo
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A
j'aime me promener ici. un bel univers.
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